Vidéos cosplay de la finale ECG et polémique…

Alors que les vidéos officielles de l’ECG sont enfin disponibles sur internet, les vidéastes amateurs de cosplay n’en finissent pas de grommeler face aux restrictions imposées par Sefa Event.

La finale de l’ECG, sans conteste l’un des concours internationaux les plus suivis dans la communauté Cosplay, est enfin disponible sur Youtube. Les vidéos filmées lors de la finale sont attendues de pied ferme chaque année par toutes celles et ceux qui ne peuvent se rendre à Japan Expo en juillet. C’est sur fond de polémique que celles-ci arrivent enfin puisque les vidéos amateurs de l’événement ont été signalées à tour de bras par les équipes de Sefa Event, amenant à la fermeture de deux comptes Youtube bien connus des cosplayeurs.

La différence entre les organisateurs de convention et les organisateurs de Cosplay

En règle générale – du moins très souvent, les organisateurs de convention (professionnels ou amateurs) font appel à des associations (de type « loi 1901 » – c’est-à-dire qui ne tirent aucun bénéfice de leurs prestations) pour organiser leurs concours de Cosplay.

Par exemple : Paris Manga, société ABYSSIUM, fait appel à l’association Sohei,
Anim’est, association loi 1901, fait appel à l’association BulleJapon,
Japan Expo, société SEFA EVENT, fait appel à Epic.

D’ailleurs, Japan Expo n’est pas la seule convention à faire appel à l’association Epic. Cette année, l’association en question a également organisé les concours Cosplay d’Epitanime, de Geekopolis et organiseront très prochainement celui du salon Comic Con.

De ce fait, les organisateurs de Cosplay, même s’ils sont le visage de la convention pendant les concours de Cosplay, ne sont pas responsables des choix des organisateurs de la convention (tant au sujet de la communication que la gestion). Il s’agit juste d’une association qui offre une prestation à un salon. Une association qui organise des concours de Cosplay ne peut donc pas être responsable du prix des bouteilles d’eau sur place, ni du prix des nuits d’hôtels, ni des dates de l’Euro 2016. Elle doit respecter des contraintes imposées par les organisateurs du salon et tente, généralement, de faire de son mieux pour organiser le concours dans les meilleures conditions possibles.

Vous l’aurez compris (du moins, je l’espère), l’association EPIC n’est PAS Japan Expo et n’est PAS la société SEFA EVENT.

Que s’est-il alors réellement passé et quel est le vrai malaise ?

Il y a quelques jours maintenant que la polémique a débuté. Certains vidéastes ont reçu des mails de notification de YouTube, plus précisément ils ont été avertis que leurs vidéos avaient fait l’objet de ce qu’on appelle des « Takedowns », des suppressions de vidéos effectuées à la demande de SEFA EVENT. En gros, SEFA EVENT a signalé à Youtube la présence sur son site de vidéos dont « ils détiendraient les droits ». Ces « Takedowns » concernaient les vidéos rediffusant la finale de l’ECG.

Mail reçu par "Esby", l'un des vidéastes qui a publié les vidéos de la finale ECG

Mail reçu par « Esby », l’un des vidéastes qui a publié les vidéos de la finale ECG

Un « Takedown » ça fait MAL, très mal ! Car au bout de plusieurs signalements, le vidéaste peut voir sa chaîne totalement supprimée et ses vidéos complètement évaporées… Et c’est ce qui est arrivé pour deux d’entre eux… Des années de travail envolées, tout le monde s’accorde à le dire, c’est totalement « injuste » pour ces vidéastes qui ont toujours publié leur vidéo de façon bénévole (entendez sans gagner d’argent car les vidéos n’étaient pas monétisées !).

Mais alors, qui sont les fautifs ? La première cible serait bien évidemment la plus facile ! Les organisateurs du Cosplay, pardi ! Après tout, ils ont organisé le concours, ils étaient là dans les vestiaires et sur scène. Sauf que, vous le voyez bien sur l’image… Ce n’est pas Epic qui a fait la demande de suppression des vidéos mais la société SEFA EVENT, celle qui organise le salon Japan Expo. Mais SEFA EVENT n’est pas non plus YouTube ! Est-ce que SEFA EVENT était consciente que le signalement de toutes ces vidéos causerait la fermeture certaines chaines ? N’est-ce pas YouTube qui « tire des conclusions » un peu trop rapidement sans laisser réellement de chances aux chaines de survivre ?

Quelles étaient les consignes données par Japan Expo/SEFA EVENT ?

A priori, des « affiches » étaient postées à l’entrée de l’amphithéâtre avec une interdiction de filmer. Info ou intox, certains rapportent que ces affiches ont été retirées pendant l’ECG, d’autres que certains staffs Japan Expo leur ont précisé que ça ne concernait pas l’ECG et enfin d’autres ne les ont pas vues. Une chose est sûre, ces affiches étaient présentes. Mais étaient-elles suffisamment visibles ? Le staff de Japan Expo avait-il eu de vraies consignes concernant la présence de caméras ? Car à priori, personne n’a levé le petit doigt même quand des visiteurs, sans gilet jaune « presse », filmaient ce qu’il se passait sur scène.

Ce que l’on regrette…

SEFA EVENT/Japan Expo aurait pu/dû insister pour qu’un message soit passé au micro avant le commencement du concours. Etant donné qu’il s’agissait d’une « nouvelle interdiction », c’était justifié et ça ne coutait vraiment rien. Et c’est d’ailleurs fait dans de nombreux salons dans le cadre de concert ou spectacle.

SEFA EVENT/Japan Expo aurait pu/dû faire l’effort de contacter certains vidéastes, notamment les plus « populaires » (entendez ceux qui ont beaucoup de vidéos sur leur chaine – et il n’y en avait pas beaucoup) avant de les « dénoncer » à YouTube. Ces mêmes vidéastes sont suffisamment connus du milieu pour qu’il soit possible de prendre quelques minutes à les contacter sur Facebook afin de leur demander de retirer les vidéos. D’un point de vue extérieur, on ne peut s’empêcher de trouver la méthode utilisée – à savoir contacter directement YouTube – relativement barbare.

Les questions qu’on pourrait éventuellement se poser au sujet d’Epic ?

Epic, en tant qu’association organisatrice du concours, aurait-elle dû prendre l’initiative de faire une annonce au public pour interdire de filmer le concours ? Aurait-elle pu intervenir auprès de la SEFA pour éviter les Takedowns ? Aurait-elle dû communiquer davantage sur l’incident en donnant plus de détails sur l’affaire ?

Chacun est libre de répondre à ces questions. Mais prenez tout de même un élément en considération : Epic pouvait-elle se permettre, vis-à-vis de Japan Expo, de prendre ce genre d’initiatives ? Est-ce vraiment leur rôle ?

Au final… la vraie question à se poser…

Est-ce que SEFA EVENT/Japan Expo était bien en droit d’obtenir la suppression des vidéos par YouTube ? Le service de Google est connu pour se plier très vite aux demandes de Takedown d’ayants-droits comme les producteurs de musique ou de films sans même faire de vérification.

Le cas de la finale de l’ECG est assez particulier, car un film ou une musique est de façon systématique une « œuvre » au sens du droit de la propriété intellectuelle, protégée par le droit d’auteur en France et par le copyright dans les pays anglo-saxons. Il est facile d’identifier ces œuvres, composées d’images et/ou de sons appartenant à un ayant-droit, la plupart du temps le producteur, parfois l’auteur directement.

Mais qu’en est-il d’une finale de concours Cosplay ? En tant que spectacle, elle pourrait constituer une œuvre. Mais pour constituer une œuvre, encore faut-il que la représentation respecte le critère « d’originalité » qui est la base de la reconnaissance du droit d’auteur. La finale de l’ECG avait-elle suffisamment d’éléments pour être originale ? Il est possible de l’imaginer, de par l’organisation de la scène, le choix des lumières, la présence d’une vidéo d’introduction (qui elle peut clairement être identifiée comme une œuvre originale), le texte de la présentation ou sa mise en scène, etc. Mais rien n’est sûr tant que cela n’a pas été examiné par un juge, d’autant que des problèmes de conflits de droit sont présents dans ce spectacle : les musiques des prestations sont utilisées sans autorisation et, fait important, les cosplayers sont les seuls auteurs des textes de leur prestation, alors à moins que SEFA EVENT ait prévu la cession des droits de propriété intellectuelle dans le règlement du concours (et non pas le droit à l’image, à ne pas confondre), on peut même être tenté de considérer que les cosplayers avaient autant leur mot à dire sur la suppression de la vidéo que SEFA EVENT ! Dans l’absolu, il n’est donc pas impossible que le concours de cosplay soit une œuvre, attribuée de fait à SEFA EVENT, qui disposerait donc d’un droit de propriété intellectuelle, donc notamment d’un droit de représentation, et qui interdirait par là même toute vidéo du concours qu’elle n’aurait pas autorisée.

Il est donc assez ambigu et critiquable pour YouTube d’avoir accepté un Takedown pour des raisons de violation de copyright (cf. image ci-dessus) donc de droit d’auteur, lorsque l’identification du concours Cosplay comme une œuvre est discutable et que même en admettant que ce soit le cas, on ne sait pas qui est ou sont le ou les auteurs !

Certains diront que c’est une question de droit à l’image. Certes mais alors un Takedown pour violation de copyright est une mauvaise raison avancée par YouTube, qui invalide sa réaction. Il est vrai que les conditions d’utilisation du service du site précisent qu’il ne faut pas porter atteinte au droit à l’image d’un tiers via une vidéo, YouTube pourrait donc se servir de ce non-respect comme d’une base pour « suspendre le service » et donc le compte YouTube du contrevenant et les vidéos associées. Mais même en admettant cela, la détention du droit à l’image et surtout l’atteinte à ce droit reste très difficile à estimer. Les cosplayers autorisent par la signature du règlement l’exploitation de leur image, mais cela ne veut pas dire que personne d’autre ne peut faire cette exploitation également si le cosplayer est d’accord sauf mention d’une exclusivité, et surtout pas que SEFA EVENT peut prendre des décisions en leur nom pour protéger leur image (aux cosplayers) ! De plus, les vidéos officielles de l’évènement n’étant pas monétisées sur YouTube ni vendues, le préjudice financier est inexistant, si ce n’est, par extension peut-être, pour la publicité que cela peut faire pour la chaîne YouTube officielle.

Au final donc, on voit mal comment YouTube a pu procéder à la suppression avec la conscience tranquille et la certitude que la demande était légitime. De son côté, SEFA EVENT/Japan Expo n’avance pas de certitude juridique sur le fait que l’un de ses droits ait été atteint par le postage de ces vidéos non-officielles. L’ensemble relève donc du flou juridique le plus total.

Bien que l’on puisse critiquer le fond et la forme de tout cela, notamment l’absence de négociation ou même de discussion de la part SEFA EVENT avant d’agir ainsi, il est en revanche aisé de comprendre, et de soutenir, la chaîne officielle pour qu’elle soit le lieu de visionnage privilégié. En effet, une visibilité « officielle » large, boostée par une bonne qualité vidéo et une présentation professionnelle, a de quoi donner une bonne aura à un événement, et donc à lui attirer plus de public, de publicité et donc de sponsor, ce qui est bon pour l’essor de l’ECG et du Cosplay en général.

4 Comments

  • Willems Eric dit :

    Une précision s’impose concernant la polémique, les interdictions de filmés et photographier ne concernés que les concerts, le staff lui même lors de demandes indiqués qu’il était possible de capter lors de toutes les prestations ECG.

  • Adrien Nothias dit :

    Lors de ce fameux jours, j’ai bien demander au staff si pour l’ECG je pouvait sortir le reflex ou le ranger (par conséquence, partir).
    Chaque staff a qui j’ai demander (4 ou 5 différents), la réponse étais la meme : « C’est uniquement pour les Idols, ensuite vous pouvez faire ce que vous voulez avec votre matos ».

    Je tenais simplement a préciser cela ^^

  • Serwan dit :

    Le droit de filmer ou de photographier n’autorise pas à utiliser le film et les photos par la suite.

  • Willems Eric dit :

    @SERWAN,
    Fautes de précisions sur ce qu’on appel le Fair Use en France, le droit d’auteur prime, les vidéastes en questions ne réalisant aucune activité commercial de leur captation, ils sont dans les clous, tu peux demander à titre personnel le retrait de diffusion, si tu estime que ton droit à l’image est bafoué (et encore c’est au bon vouloir de l’auteur, même sur un aspect juridique à toi de mettre en avant que cela nuis à ton image, et encore faut que être le sujet principal, pas mal de jurisprudence son a voir concernant le sujet).

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